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Minéral par son squelette, végétal par son allure, animal en réalité, le corail fascine les hommes depuis les temps préhistoriques. Les premières utilisations du corail remontent en effet au Paléolithique supérieur (env. 20 000 Av. J.C.). Plus tard, les Égyptiens, les Grecs et les Romains le représenteront sur des peintures murales, sur des vases, ou l'utiliseront pour la réalisation de bijoux et d'objets divers. La religion chrétienne fera de la couleur rouge du corail le symbole du sang du sacrifice du Christ. Il faut dire que le corail n'est pas un simple objet, mais un produit des Dieux. C'est en effet Persée, qui, d'après la légende grecque, au cours d'une terrible bataille avec la Gorgone, lui trancha la tête et la déposa sur un lit d'algues marines. Les algues recouvertes par le sang qui coula abondamment de la tête de la Gorgone se pétrifièrent et devinrent du corail dont la semence se répandit à travers les ondes.

Son origine divine lui confère des pouvoirs magiques, accentués par sa localisation dans les profondeurs marines : il met en échec le mauvais, protège les récoltes, donne à la terre sa fertilité, défend les navires contre la foudre, éloigne la haine de la maison. Le commerce antique échangeait le corail de Méditerranée contre l'ambre de la mer du Nord. Au Moyen Âge, il était d'usage de porter dans sa bourse quelques morceaux de corail comme talisman contre les sorcières. Il fut aussi employé à des fins médicales où ses vertus sont supposées nombreuses. Sous forme de poudre par exemple, il était introduit dans la bouillie des bébés afin de les protéger contre les épidémies (Liverino, 1983 ; Spinosa, 1990 ; Ascione, 1993.

 

 

Et le corail devint un animal !

 

Malgré cette utilisation plusieurs fois millénaire, la nature réelle du corail rouge est restée longtemps mystérieuse et de nombreux et vifs débats ont opposé partisans d'un corail végétal aux partisans du corail animal voire minéral. Il faut attendre le XVIIIème siècle avec les travaux d'un jeune médecin marseillais, Jean-André PEYSSONNEL, pour que la nature animale du corail rouge soit enfin reconnue. Il écrit au Directeur de l'Académie des Sciences, le célèbre savant René-Antoine FERCHAULT DE RÉAUMUR : "j'observais ce que nous croyons être la fleur de cette prétendue plante n'est au vrai qu'un insecte semblable à une petite ortie... J'avais le plaisir de voir remuer les pattes de cette ortie, et ayant mis le vase plein d'eau où le corail était à une douce chaleur auprès du feu, tous les petits insectes s'épanouirent" (McConnel, 1990 ; Weinberg, 1993).

Cependant, RÉAUMUR, influencé par les connaissances de l'époque, ne croit pas aux observations de PEYSSONNEL et les critique. Mais, les travaux du Hollandais TREMBLEY sur l'hydre verte, qui venaient de montrer la nature animale de ce qui allait devenir un proche parent du corail, ébranlèrent Réaumur. Dans la préface de son "Mémoires pour servir à l'histoire des Insectes" (1742), dans laquelle il décrit pour la première fois les résultats de Trembley, Réaumur fait amende honorable : "le soin porté par Monsieur PEYSSONNEL pour réaliser ses observations aurait dû me convaincre plus tôt que les fleurs du Comte de MARSIGLI étaient réellement des animaux". Le corail était définitivement un animal.

 

Un corail, des Coraux

 

L'anatomie du corail rouge est relativement simple (Grillo et al., 1993 ; Allemand, 1993) : les tissus recouvrent le squelette axial comme un doigt de gant. La morphologie des tissus est classique de l'embranchement : deux couches de tissus (formées chacune d'une seule épaisseur de cellules) enserrent une couche gélatineuse sans cellule appelée mésoglée. Un lacis de petits canaux parcourt la mésoglée, comme un système circulatoire dont la fonction est encore mal comprise. Ces petits canaux communiquent avec de gros canaux situés parallèlement au squelette axial et avec les polypes qui constituent les bouches du corail (et non pas un animal à lui tout seul, comme on le croit souvent). Ces polypes qui portent 8 tentacules peuvent se rétracter complètement dans de petites loges, disparaissant totalement à la vue. Les cycles d'ouverture / fermeture des polypes, tout comme leur fonction exacte sont là encore mal connus (Russo et al., 1993). Leur fermeture ne signifie pas en tout cas que le corail est mort. La mésoglée contient aussi des petits grains de calcaire, appelés spicules, situés près de la surface externe de l'animal, et qui pourraient jouer un rôle dans la protection mécanique contre l'abrasion.

 

  

 La reproduction du Corail Rouge

 

Les organes génitaux du corail se trouvent à l'intérieur des polypes. Les sexes sont normalement séparés. La maturation des cellules reproductrices mâles s'effectue en un an. Elle commence au début de l'été. Par contre, la maturation des gonades femelles s'effectue sur deux ans. Celle-ci débute lentement la première année pour être pleinement réalisée au début de l'été de la 2ème année (Vighi, 1972). Après leur émission par le polype mâle, les spermatozoïdes nagent à la rencontre du polype femelle.

La fécondation se réalise à l'intérieur du polype. La jeune larve, appelée planule, se développe pendant 20 à 30 jours dans le polype avant de sortir en pleine eau : le corail rouge est donc vivipare.

L'émission des larves s'échelonne entre le mois de juillet et le début du mois d'octobre suivant la profondeur. Les larves nagent de 4 à 15 jours, d'abord en direction ascendante, à la recherche d'un plafond de grotte. Si elles ne trouvent rien, leur nage devient descendante, jusqu'à ce qu'elles rencontrent un substrat favorable à leur métamorphose, dont les mécanismes et le contrôle sont totalement inconnus. Il semble d'autre part que la larve soit insensible à la lumière, suggérant ainsi que la répartition du corail rouge vis-à-vis de la lumière résulte soit d'une absence de site propice à la métamorphose dans les zones éclairées, soit d'un problème de croissance des jeunes colonies (par compétition avec les algues par exemple).

Après sa métamorphose, la jeune larve commence à édifier un squelette : une nouvelle colonie de corail est née. La maturité sexuelle des premiers polypes sera atteinte au bout de 2 ans environ. Il semblerait que la croissance des jeunes colonies soit initialement rapide puis se réduise après quelques années à environ.